Centre Mozartis
Centre du langage de Mulhouse Association Favécom écoute et vie 7A, Avenue Auguste Wicky F-68100 Mulhouse
selon Alfred Tomatis
Troubles du Langage, de l’Ecoute et de la Voix
   
Intégration des langues étrangères    

Adapter son écoute à une langue

Parler une langue, c'est d'abord adapter sa propre écoute aux fréquences acoustiques de cette langue. Ainsi le "don des langues" n'est pas tant le don de les parler que celui de les entendre !

On a constaté depuis longtemps que les Slaves, en règle générale, témoignaient d'une véritable virtuosité dans l'apprentissage d'idiomes étrangers. Beaucoup parlaient couramment plusieurs langues. L'explication est simple. Leur audition est caractérisée par une sélectivité si accueillante qu'elle peut inclure sans difficulté les bandes passantes des autres langues.

Au contraire, l'impossibilité de reproduire efficacement une langue étrangère n'est qu'une forme de surdité. "Devant une information sonore inaccoutumée, explique encore Tomatis, l'oreille change du tout au tout pour prendre une autre posture bien définie, différente en tout point de celle dans laquelle la langue maternelle l'a fixée". Il se peut bien qu'elle ne soit pas capable d'accomplir ce travail d'accommodation.

Fort heureusement, tout n'est pas perdu dans ce cas. Par certains procédés, on peut venir au secours de l'oreille défaillante, la conditionner afin de créer artificiellement cette réceptivité qui lui fait défaut. "En modifiant l'audition du sujet, peut-on lire dans une brochure éditée par le Centre du Langage que dirigeait Alfred Tomatis, en lui apprenant à entendre d'une autre façon que celle à laquelle il est habitué de par sa langue maternelle, on déclenche une autre façon on de parler, un autre mode d'expression caractéristique de la langue à étudier. Cet effet audio vocal entraîne des modifications portant sur le timbre, sur l'organisation de l'appareil phonatoire, sur l'usage des cavités résonantielles laryngées sus et sous-jacentes, sur le tonus laryngé, sur la respiration, sur la mimique, autant de modifications qui réagissent en chaîne par allumage réflexe s'étendant de proche en proche à toute la structure morphologique du sujet".

Comment intervenons nous ?

Cette intervention peut être réalisée grâce à un appareil inventé et mis au point par le Dr Tomatis : le stimulateur d’écoute. Cet appareil permet de resserrer ou d'étaler à volonté la bande passante.

On peut ainsi donner à un sujet l'oreille anglaise, l'oreille espagnole, l'oreille suédoise, etc... ou l'oreille d'un grand vocalises comme Caruso. Conditionné à s'entendre comme un natif d'Oxford, le sujet se met à parler anglais comme s'il était lui-même né dans cette ville, pour peu qu'il soit familiarisé avec la langue anglaise.

Tout le problème est, évidemment, de rendre cet avantage permanent, On y parvient après un certain nombre de séances. Le principal intérêt de cette méthode, c'est qu'elle n'aide pas seulement à l'apprentissage, mais conduit à une véritable intégration des langues vivantes. Pour parler, il ne s'agit pas seulement de reproduire la lettre d'une langue, il faut en restituer l'esprit. Pour A. Tomatis, "posséder une langue que l'on décide d'absorber, c'est en user jusqu'à s'exprimer, jusqu'à penser, jusqu'à exister à travers elle".

Le stimulateur d’écoute permet cette assimilation en profondeur. La preuve : le sujet qui a fait quelques études en anglais et à qui l'on impose l'oreille anglaise a naturellement tendance à utiliser les règles de la grammaire anglaise, sans effort intellectuel de sa part.

Les effets

C'est toute la structure de la langue qui s'installe d'un coup. Mieux, la psychologie elle-même du sujet est affectée, son comportement subit des modifications. Qu'on place un Français sous Oreille Electronique et qu'on lui demande de tracer un trait : sous fréquence française, il tracera un trait horizontal, sous fréquence espagnole, un trait descendant, tous ces tracés étant en rapport direct avec la courbe des fréquences.

Autre constatation : toute personne à qui l'on donne électroniquement une autre réceptivité acoustique que la sienne se met immédiatement à changer de posture. Sous oreille allemande, par exemple, on la voit se redresser, pousser avec la gorge, parler plus fort et se tenir absolument droite, perpendiculairement à l'axe de poussée du son. C'est assez dire l'influence du langage sur les conduites. Cette influence est à peine moins marquée sur la mentalité, la façon de raisonner et de concevoir. C'est d'ailleurs un fait bien connu que lorsqu'on réside quelque temps à l'étranger, on finit par prendre les attitudes mentales du cru.

L'être tout entier en question

Dans l'assimilation d'un idiome, c'est donc l'être tout entier qui est en question. Nous voilà loin de l'indigeste absorption de listes de vocabulaire avec quoi se confondit la quasi totalité de nos études en langues vivantes, lorsque nous étions au lycée ! Les découvertes du Dr Alfred Tomatis confirment l'une des intuitions fondamentales du XXème siècle: l'homme est un tout.

Prenez un polyglotte et, tout en conversant avec lui, imposez lui différents types d'audition au moyen d'une Oreille Électronique : tour à tour et à son propre insu, il se mettra à parler russe avec l'oreille russe, italien avec l'oreille italienne, arabe avec l'oreille arabe, intimement, persuadé qu'il continue de s'exprimer en français ! Enlevez sa structure d'audition à un Chinois, il ne pourra même plus penser ! Ce sont de tels faits qui ont contraint à réviser bien des idées qu'on se faisait auparavant sur les méthodes susceptibles de faire acquérir les langues étrangères.

Conclusion

Il faut bien préciser qu'il ne s'agit là que d'une technique d'appoint. L'appareil lui-même ne fait que prédisposer l'étudiant. Il ne le dispense en aucun cas d'apprendre la grammaire et le vocabulaire de la langue qu'il désire parler.

En revanche, en le plaçant psychologiquement dans une sorte de complicité avec l'objet de son étude, il lui fournit les motivations indispensables à son succès : on n'apprend rien, et surtout pas une langue étrangère, sans mettre à contribution tout un système.

 

Les Allemands n'entendent pas comme les Français...

... qui, eux-mêmes, n'ont pas la même oreille que les Italiens...

A chaque région du globe, à chaque pays, correspondent divers types d'audition. Parler une langue, c'est donc tout d'abord adapter sa propre écoute aux fréquences acoustiques de cette langue.

Ce n'est pas toujours réalisable : il convient alors de conditionner l'oreille. Le professeur Tomatis a inventé et mis au point un appareil précieux : le stimulateur électronique, que certains laboratoires de langues utilisent avec succès.

Dans un laboratoire parisien, un sujet britannique achève d'enregistrer quelques textes dans sa langue natale. "Maintenant, lui dit l'opérateur lorsqu'il repose le micro, vous allez pouvoir vous entendre. Je vais vous placer ces écouteurs sur la tête". L'homme se laisse faire de bonne grâce ; l'enregistrement commence de se dérouler. Stupéfaction ! Notre Anglais est incapable de comprendre les phrases qu'il a prononcées quelques minutes auparavant !

Que s'est-il passé ? Une chose très simple. L'expérience avait lieu, voilà déjà de nombreuses années, dans les laboratoires du Dr Alfred Tomatis, Grâce aux écouteurs reliés à un stimulateur électronique, l'opérateur avait tout bonnement donné au sujet une audition qui n'était plus la sienne. En conséquence, le sujet était devenu comme sourd à son propre discours ! Cette anecdote est riche d'enseignements. Mieux, elle doit bouleverser bien des idées reçues chez ceux qui l'entendent pour la première fois.

On aurait pu croire en effet - et les savants eux-mêmes ne s'en sont pas privés - qu'aux quatre coins du monde, les hommes entendaient de la même manière. Les recherches du Dr Alfred Tomatis ont imposé une révision urgente de cette conception parfaitement arbitraire. D'après ses travaux, menés dès le début des années 50, il s'avère en effet qu'il existe, selon les régions du globe, différents types d'auditions. Différentes "oreilles" qui, en gros, correspondent d'ailleurs aux différentes langues.

A chaque langue sa bande passante

Chacune de celles-ci se caractérise par une bande de sélectivité ou "bande passante" particulière. L'oreille française, par exemple, dispose d'une sélectivité située entre 1000 et 2000 hertz, alors que l'oreille italienne inscrit la sienne entre 2000 et 4000 hertz. La bande passante des Allemands est très large : elle part des graves et s'échelonne jusqu'à 3000 hertz. Celle des Russes l'est plus encore, puisqu'elle va des sons les plus graves aux plus aigus.

Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait une relation entre l'audition et la langue. Comme Tomatis l'avait démontré antérieurement : la voix ne contient que ce que ce que l'oreille entend, "on parle avec son oreille". En fait, il ne faut même pas s'étonner qu'il existe à travers le monde différents types de réceptivité aux messages sonores. "Expliquerait-on autrement, écrit René La Borderie, spécialiste de la pédagogie des langues vivantes, que les méridionaux à l'accent chantant soient plus disposés que d'autres à l'acquisition de la langue italienne ? Expliquerait-on autrement que l'opéra soit né en Italie et que l'italien soit la seule langue qui convienne parfaitement au chant lyrique ?".

Il y a bien des façons d'expliquer ces phénomènes, La moins contestable est sans doute d'invoquer l'influence du milieu ambiant, notamment des conditions climatiques. "Vous remarquerez, observe le Dr Tomatis, qu'il est facile de parler anglais en Angleterre, alors que c'est très difficile en Espagne". C'est l'impédance du lieu qui détermine la posture et l'adaptation de l'oreille. Les langues dites "fluides", par exemple, sont parlées en milieu humide, notamment dans les îles. La multiplicité des idiomes est liée au fait que, l'impédance changeant avec le lieu, la réceptivité se transforme et par suite, une même langue se modifie. C'est pourquoi les tentatives du type espéranto recouvrent un espoir purement mythique : une langue unique variera toujours en fonction des lieux dans lesquels on se trouvera.

Ainsi l'américain nasonne, contrairement à l'anglais, à l'italien ou à l'Allemand. Mais lorsqu'un Anglais, un Italien ou un Allemand s'installe aux Etats-Unis, il se met bientôt à nasonner comme l'Indien qui était le premier occupant du pays. Toute langue parlée aux Etats-Unis va s'infléchir vers la résonance de l'endroit qui est très riche en 1500 hertz. On peut noter au passage que l'anglais tel qu'il est parlé sur le continent américain est beaucoup mieux perçu par l'oreille française que le pur anglais d'Oxford. C'est dire qu'il existe, de ce seul point de vue (sans rapport avec la grammaire ni le vocabulaire) des affinités plus ou moins grandes entre les langues. Un Français, par exemple, apprendra plus facilement l'espagnol que l'anglais.

 
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